Lorsqu’il.elle prend sa plume (avec le clavier, ça fonctionne aussi !), l’écrivain.e doit avoir à l’esprit une règle de base concernant la conjugaison des verbes : le temps oral diffère du temps narratif. Concrètement, le temps de conjugaison utilisé à l’oral est différent du temps de conjugaison adapté pour à l’écrit. L’oral et l’écrit ne répondent pas aux mêmes usages ni aux mêmes exigences.
Focus sur le présent de l’indicatif et ses différentes fonctions dans un récit.
1/le présent, le temps de la solennité et d l’intemporalité.
Le présent incarne un temps intemporel, il est exprime ce qui EST et en ce sens, on peut le qualifier de temps biblique.
Il revêt un caractère solennel lorsqu’il exprime une vérité universelle ou une déclaration officielle, protocolaire. Exemple dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »
2/ le présent, vecteur d'immersion, de proximité.
Dans un roman (ou une nouvelle), le présent place immédiatement le lecteur au coeur de l’action. Il crée un effet de proximité, parce qu’un texte au présent met peu ou pas de distance entre l’action et le lecteur. Celui-ci découvre et vit les événements en même temps que le(s) personnage(s) ; c’est le temps de la simultanéité et de l’effet immersif.
Dans le style, le présent permet l’emploi d’un vocabulaire plus oral, l’usage de plus de familiarité et de spontanéité.
3/ le présent de narration ou faux présent
Dans un récit ou toute composition écrite, on le rencontre dans deux cas de figure :
- dans un texte au passé qui, brusquement, introduit un présent de narration pour créer du relief ou exprimer une situation passée qui est encore présente de façon vive à l’esprit ou dans la mémoire du narrateur/du personnage. C’est un procédé particulièrement usité par Marguerite Duras. Ainsi, dans son autofiction L’amant, navigue-t-elle sans cesse entre récit au passé et ce présent de narration.
- dans un texte au passé qui énonce une vérité générale (ce qui renvoie au point 1) ou une situation qui est toujours d’actualité. Exemple : Le long voyage avait épuisé Denis ; et le soir tombait lorsqu’il atteignit enfin la petite ville de La Pocatière, qui fait face au fleuve Saint-Laurent.
Le temps de conjugaison que vous choisissez pour votre récit doit être bien pensé : il doit être cohérent avec votre intrigue, servir le ton et l’ambiance du récit. Il va également avoir une influence sur votre style. C’est une notion importante que j’aborde, avec exemple à l’appui, dans l’atelier Autopsie d’une nouvelle.